VVVVVV, la question de la plateforme

index_n55Oui il y a longtemps que je n’avais rien posté (presque 4 mois !). Cette période de vide d’inspiration et/ou de motivation m’a néanmoins permis de jouer à de nouveaux jeux dont j’avais seulement entendu parler jusqu’à maintenant. Aujourd’hui je vous propose donc de vous interroger sur un genre ancestral, la plateforme, notamment au travers de l’exemple de VVVVVV, un petit jeu indépendant qui malgré sa simplicité soulève des questions.

Alors pour ceux qui seraient passés à coté, VVVVVV (prononcez VVVVVV), est un jeu de plateforme dont on pourrait dire qu’il est à la fois typique et atypique. Vous y contrôlez un petit personnage qui doit se frayer un chemin à travers divers niveaux, emplis de pièges. Vous devez également sauver votre prochain, comme dans beaucoup de jeux du genre. Seulement ici ce n’est pas la princesse blonde ou brune qui vous donnera un simple bisou après avoir passé des heures à galérer. Ici ce sont vos collègues, votre équipage. Pour le pitch vous incarnez le capitaine Viridian, commandant d’une équipe de scientifiques en voyage dans l’espace afin d’étudier… des trucs de scientifiques de l’espace. Toujours est-il que votre vaisseau a tôt fait de rentrer dans une dimension inconnue (la dimension VVVVVV donc), et tout le monde y est téléporté au hasard. En tant que chef, votre responsabilité est de vous assurer que tout le monde va bien, aussi vous lancez-vous sans hésiter dans l’aventure. Scénario assez typique finalement. Dans chaque niveau vous aurez également l’occasion de récupérer des « Shiny Trinkets » (trucs brillants), sortes de reliques, qui tiennent lieu de quête secondaire. Tous les récupérer vous permettra d’accéder à divers bonus, et on marche encore ici en terrain connu. Par ailleurs le défilement est horizontal ou vertical, et on évolue d’écran en écran. Classique.

Passons maintenant à ce qui différencie VVVVVV des autres jeux de plateformes comme on en voit des dizaines. La première chose qui saute aux yeux (ou plutôt aux doigts) sont les contrôles (et ensuite le gameplay). Contrairement à 99% des jeux de plateformes, on vous enlève la liberté fondamentale de sauter ! Pas question non plus d’attaquer, de quelque manière que ce soit. Vous ne pouvez pas non plus vous baissez, ou récupérer de la vie. Il n’y a pas non plus de bonus, ni de malus, d’invincibilité, ou autre. Rien de tout cela. Si ce n’était sa difficulté, on pourrait mettre VVVVVV entre les mains de n’importe qui. Gauche, droite, et inverser la gravité sont vos seuls mouvements. Cela donne donc un gameplay tout à fait modifié. Pas question de se battre par exemple (de toute façon il n’y a pas vraiment d’ennemis), il ne reste que l’esquive des différents pièges. Aucun point de vie non plus, on meure dès qu’on est touché, revenant ainsi au dernier checkpoint traversé (ils sont légions). Ce mécanisme là n’est pas nouveau (d’ailleurs ce gameplay n’est pas nouveau), et j’attire bien l’attention sur le fait que je parle ici d’un gameplay atypique. La mort par contact, associé à ce mécanisme d’inverser la gravité donne donc un gameplay différent. En effet quelque chose qui serait simple à passer avec le saut peut devenir extrêmement complexe par inversion de gravité, et inversement.

J’ai aussi évoqué la difficulté. Il est vrai que ce n’est pas neuf, mais VVVVVV exigera de vous à la fois du talent et des réflexes. On retrouve une tendance amorcée dans les années 80, 90 avec des jeux à grande difficulté, tendance qui s’est un peu perdu de nos jours. Encore que… me direz vous, et vous aurez raison en somme : I wanna be the guy, Super Meat Boy, Spelunky, Volgarr the Viking, etc. Mais quel est le point commun entre ces jeux ? Ce sont tous des jeux indépendants, destinés non pas à Papy et Mamie, comme un « Extra New Super Mario Bros Reloaded New On jure que c’est pas le même que l’ancien », (encore que Papy et Mamie peuvent évidemment y jouer), mais à des gens qui savent ce qu’ils veulent, c’est à dire retrouver des sensation de difficultés grisantes comme savaient nous les donner les « vieux jeux ». Au risque de me répéter (j’ai déjà parlé de la créativité des indépendants et de leur absence de contrainte), les jeux dits indépendants sont à ma connaissance les seuls qui peuvent se permettre une telle exigence de la part du joueur. Excepté certains jeux de l’industrie comme DK Country Returns, qui basent leur argument de vente sur le retour aux sources réel (DK Country était balèze !), on imagine mal le prochain Mario en 2D redevenir aussi dur que Super Mario Bros. Si cela devait arriver ce serait probablement un fan game, plus qu’un jeu officiel.

VVVVVV est loin d’être le seul jeu qui prend des libertés avec les codes de la plateforme, mais il demeure un bon exemple. Son gameplay simple nous montre qu’enlever un élément fondamental bouleverse toute l’appréhension au jeu, et l’expérience sort de fait un peu plus du lot. Ce n’est pas seulement que le jeu est original ou atypique. Il est révélateur d’un phénomène que l’on voit pointer de plus en plus, notamment dans les jeux indépendants. En cherchant à ré-intéresser le joueur à des types de jeu vieux comme le jeux vidéo lui-même, donc peut-être lassants au bout d’un moment, les créateurs commencent à renverser les codes. Et ce renversement permet de réfléchir sur ces codes et leurs lieu d’être. Par exemple VVVVVV prouve que finalement le saut est dispensable dans un jeu de plateforme, et cela n’empêche que le jeu reste bon. Bon, agréable, stimulant, et même un peu addictif par la frustration qu’il crée en étant difficile. Un peu partout les codes se modifient comme des FPS sans HUD pour  augmenter le réalisme,  ou des RPG sans niveaux, ou sans compétences. Les codes se modifient aussi au niveau du mélange de genre qui étaient a priori différents, comme des jeux de plateforme/RPG, ou des jeux d’Aventure en FPS. Même si ces exemples peuvent trouver des noms de jeux plus anciens, le fait est que de nos jours, les codes de chaque genre étant plus ou moins bien établis, on commence à jouer avec, à les mélanger, à en supprimer, à les transformer etc. Et ceci montre que le jeu vidéo a encore beaucoup de choses à nous montrer et c’est pour cela que nous l’aimons tant.

Je conclurais en mentionnant l’esthétisme de VVVVVV, qui tend à rendre hommage au passé, avec son style proche du Commodor 64, et sa musique cheap tunes particulièrement entrainante. Pour le prix d’un kebab sur Steam, vous auriez tort de vous priver de cette superbe expérience vidéoludique qui ne laissera pas de marbre.

PS : Je vais reprendre un rythme normal d’un article par semaine ou pour 2 semaines, si tout va bien.

Publicités
Cet article a été publié dans Chroniques simples. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s