David Gemmell et le cycle Drenaï

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David Gemmell est un monsieur qui a écrit de l’heroic fantasy, donc il part avec un avantage certain sur mon échelle d’estime. Pour les moins initiés, l’heroic fantasy est un genre littéraire, en général basé sur le registre épique (mais pas toujours), qui met en scène les exploits de héros (mais pas toujours), dans un univers merveilleux et donc fictif. Pour ceux qui auraient raté les cours de français au collège et au lycée, le merveilleux désigne un monde différent du nôtre, qui obéit à des règles différentes, mais dans lequel tout est cohérent puisque obéissant aux canons de ce monde. A l’inverse le fantastique, est en général le basculement du réel, du possible, vers le surnaturel. A ne pas confondre non plus avec la science fiction, qui est plus de l’anticipation, ou de l’imagination de ce que pourrait être la réalité si elle n’était pas celle que nous connaissons. Voila pour le cours de français. Donc en somme, un monde dans lequel on nous dit qu’il y a de la magie dès le début c’est du merveilleux. Tolkien = merveilleux, Alice au pays des Merveilles = fantastique, Dune = science fiction. Maintenant que vous savez ça, vous pourrez vous amuser de l’inculture des mecs qui nomment les rayons de la Fnac.

David Gemmell a écrit de nombreux livres, dont certains sont des réécritures de mythes, comme la guerre de Troie, ou l’histoire d’Alexandre le Grand. Mais le gros de son œuvre se base sur un univers qu’il a créé lui même. Cet univers est décrit au travers des livres du cycle Drenaï, dont les couvertures servent d’illustration à cet article. Ce monde n’a pas de nom à proprement parler, mais la plupart des aventures qui s’y déroulent prennent racine dans le pays Drenaï, c’est pourquoi le cycle a pris ce nom, et c’est pourquoi nous parlerons donc du « monde de Drenaï », par commodité. Le cycle raconte l’évolution du monde durant plusieurs siècles. Ainsi il n’est pas rare d’avoir dans un livre une petite référence à la légende d’un héros, dont on a lu les exploits dans un précédent livre (du point de vue chronologique).

Et de héros, c’est principalement ce dont il est question dans ces livres. Peu d’intrigues politiques, peu de grands mystères, mais à la place, des héros au charisme énorme, et des batailles tellement épiques, qu’on regretterait presque que tout cela n’ait encore jamais été porté sur écran. L’un de ces héros est Druss, un personnage central du cycle, dont la légende se retrouve presque dans tous les livres. C’est un guerrier hors pair, qui vit pour se battre. Il apparait pour la première fois dans Légende, qui est également le premier livre écrit par Gemmell. C’est un vieil homme ayant abandonné la guerre pour se retirer dans les montagnes. Mais quand l’envahisseur Nadir (un peuple nomade et barbare) arrive par centaines de milliers aux frontières du pays, Druss décide de reprendre les armes, et de défendre la seule forteresse qui pourrait contenir une telle armée, Dros Delnoch, située au milieu d’une passe montagneuse, seul passage pour entrer en pays Drenaï. Le livre nous raconte donc la bataille dantesque qui va se jouer. Plus tard Druss la Légende, nous raconte les jeunes années de Druss, comment celui-ci a forgé sa réputation, en parcourant le monde entier pendant des années à la recherche de sa femme Rowena. Pour éviter de trop spoiler, je parlerais également d’autres héros, comme Waylander, l’assassin implacable et silencieux, qui mène un combat contre le temps et la vieillesse. Les 3 livres qui lui sont consacrés racontent les exploits qu’il réalise pour sauver son pays, alors même que celui-ci voudrait le voir mort. Parlons encore de Skilganon, le héros nashaanite (du pays Nashaan, de l’autre coté de la mer), compagnon d’arme de Druss le temps d’un livre, et qui cherche un sens à sa vie détruite. Ceci dit je ne vais pas m’appesantir trop longtemps sur ces héros, car j’en viendrais à spoiler, et ce serait bien dommage pour des livres tels que ceux-ci.

A la place, je vais plutôt me pencher sur l’écriture, car c’est quand même un point important quand on écrit, non ? S’il n’a pas la poésie d’un Tolkien, ou la complexité d’un Martin, David Gemmell a toutefois rapidement été considéré comme le « maitre de la fantasy moderne », par certains critiques. Cela est probablement dû à son style, car en plus de raconter des histoires extraordinaires, on peut dire que le monsieur savait écrire. Et ce n’est pas parce qu’on écrit un livre qu’on sait écrire, croyez moi ! S’il est vrai qu’après avoir lu les 11 livres du cycle Drenaï, on peut trouver le style répétitif, et deviner plus ou moins ce qu’il va arriver à ce personnage de début de chapitre, parce que la plupart du temps, c’est qui arrive à tous les personnages de début de chapitre, force est de constater que Gemmell possède un style « percutant ». On trouve par exemple souvent des introductions in medias res (au milieu d’une action en cours) débouchant sur une mort de personnage plus que secondaire qu’on a appris à connaitre le temps d’un ou deux paragraphes. Par ailleurs le niveau de langage des personnages s’adapte en fonction de ceux-ci, retranscrivant à merveille le parler d’une canaille ou d’un noble. Cela semble banal, et normal, mais tout le monde ne maitrise pas, et c’est toujours bon de le signaler. Par ailleurs, la censure est quelque chose de relativement absent chez Gemmell, qui arrive toutefois à ne jamais tomber dans le salace, le grivois, ou la vulgarité gratuite. Ainsi de descriptions de morts en apostrophes peu gratifiantes, Gemmell nous place dans la scène comme si nous y étions, sans essayer de préserver le puritanisme. Un soldat meurt d’un coup au ventre ? Ses entrailles se vident sur les pavés, alors qu’il tente de les rattraper. Un bandit capture une femme pour la violer ? Il l’appelle catin, putain, et sort son anatomie. Gemmell parvient à jongler entre le politiquement correct et le vulgaire, sans en laisser aucun dominer.

Gemmell dépeint donc un monde assez violent, et c’est pourquoi la guerre tient une place importante dans le monde de Drenaï. Il me semble qu’aucun livre du cycle ne se termine sans qu’il y ait eu bataille, même de petite envergure. A travers ces batailles, l’auteur nous place parfois dans la peau des recrues, ces jeunes soldats qui connaissent leur première bataille. Souvent, ils sont un moyen de montrer comment le véritable héros parvient par son charisme à galvaniser les troupes, mais ce changement de point de vue est original et permet également des hyperboles notamment sur la taille de l’armée adverse. Ce procédé participe de l’ambiance épique qui se dégage des batailles. Mais outre la guerre, le voyage et l’aventure tiennent aussi une place importante dans ce monde. Les héros ne passant pas leur vie à guerroyer, ils voyagent souvent, ce qui permet de balancer le récit vers un autre style. Qu’il s’agisse d’aller défendre un lieu, de récupérer un objet, ou simplement de survivre, les personnages, malgré leur puissance et leur charisme (encore que tous ne soient pas des héros), se retrouvent souvent en tant qu’instruments du destin, et leurs voyages sont de bons moyens de s’évader un peu plus. A travers des registres épiques, de tensions, d’interrogations, de mystères, l’auteur nous fait partager les pérégrinations de ces personnages, qu’on voudrait ne jamais voir finir.

Des livres j’en ai lu des tas. Et David Gemmell fait pour moi partie de ces auteurs peu connus, qui mériteraient plus de notoriété. Son style est intelligent et brillant, ses descriptions sont fortes, ses scènes d’émotions sont poignantes, ses batailles sont épiques, ses personnages sont pour la plupart bien travaillés, et plus complexes qu’il n’y paraissent, en bref, c’est un auteur de talent qui est malheureusement parti trop vite. Décédé en 2006 à 57 ans, il nous laisse une œuvre grandiose et forte, qu’on lit et relit avec toujours avec plaisir, tant s’immerger dans cet univers est agréable.

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